La Nouvelle-zélande Ambitionne De Devenir Le Premier Pays Sans Tabac

La Nouvelle-Zélande ambitionne de devenir le premier pays sans tabacImage ©Myriams-Fotos

À la mi-avril 2021, la Nouvelle-Zélande a annoncé une série de mesures drastiques contre la cigarette. Elle ambitionne en effet de devenir, d'ici à 2025, le premier pays sans tabac. Le gouvernement de Jacinda Ardern fait figure de pionnier en la matière, mais les mesures qu’il envisage pour mettre fin au tabagisme suscitent déjà des inquiétudes et des critiques. Explications.

Des paquets de cigarettes à plus de 20 euros

Pays pionnier dans la lutte contre le tabagisme, la Nouvelle-Zélande n’hésite pas à prendre des mesures fortes pour décourager les fumeurs.

Depuis une dizaine d’années, les taxes sur le tabac ont fait grimper le prix du paquet de cigarettes à plus de 20 euros. Ce tarif prohibitif n’a pas tardé à porter ses fruits et, à ce jour, seuls 11,6% des Néo-Zélandais fument quotidiennement contre un Français sur trois.

L’exécutif néo-zélandais estime cependant qu’il doit aller plus loin pour protéger les 5 millions d'habitants de l'archipel des dangers du tabac.

Le gouvernement de Jacinda Ardern a donc annoncé le 15 avril 2021, une série de mesures radicales qui devraient permettre à la Nouvelle-Zélande de devenir le tout premier pays du monde sans tabac à l'horizon 2025.

Une génération sans tabac

La Nouvelle-Zélande souhaite renforcer drastiquement sa législation contre le tabac.

Pour atteindre l’objectif d’une "génération sans tabac" d’ici à 2025, le pays veut interdire prochainement de fumer à toute personne née après 2004.

Selon le plan annoncé par le gouvernement néo-zélandais le 15 avril dernier, tous les jeunes nés après 2004 n'auront plus le droit d'acheter du tabac et ce, à vie !

Outre l'augmentation progressive de l'âge légal pour fumer, devant aboutir à l'interdiction totale de la vente de cigarettes, le pays du kiwi envisage d’imposer :
• une réduction significative du niveau de nicotine autorisé dans les cigarettes
• l'interdiction des filtres
• l’instauration d'un prix minimum du tabac
• la restriction des lieux de vente autorisés.

Avec cet arsenal de mesures, on peut affirmer sans exagérer que le gouvernement néo-zélandais sort l'artillerie lourde contre le tabagisme.

Le tabagisme, révélateur des inégalités

Actuellement, un demi-million de Néo-Zélandais fument chaque jour et le pays enregistre en moyenne 4500 décès annuels liés au tabac.

Cela représente 0,1% de la population du pays, un chiffre comparable à celui de la France.

En Nouvelle-Zélande, le tabagisme est également responsable d'un décès par cancer sur quatre.

Mais les dangers du tabac n’affectent pas tous les Néo-Zélandais de la même manière. Le taux de tabagisme est plus élevé chez les Maoris et en particulier chez les femmes : 30% des femmes maories fument tous les jours, contre 10% pour le reste des Néo-Zélandaises.

Le cancer est la principale cause de décès chez les femmes maories, et la deuxième chez les hommes.

D’ailleurs, le nombre de point de vente de tabac est quatre fois plus élevé dans les collectivités à faible revenu.

C’est pourquoi le gouvernement de Jacinda Ardern s’est fixé pour missions de mettre fin à cette injustice flagrante et de "protéger les générations futures des méfaits du tabac" en le faisant progressivement disparaître du pays.

Une approche trop radicale ?

La Nouvelle-Zélande semble ne reculer devant rien pour se débarrasser de la cigarette ! Néanmoins, le plan anti-tabac annoncé par le gouvernement a d’ores et déjà soulevé pas mal de critiques.

Certains Néo-Zélandais ont pointé du doigt le risque de voir se développer dans le pays un immense marché noir (marché qui, d'après les autorités, existerait déjà).

D’autres ont fait remarquer que réduire la nicotine dans les cigarettes pourrait pousser les fumeurs à en acheter davantage pour atteindre leur dose quotidienne. Or, vu le prix prohibitif du paquet en Nouvelle-Zélande, ce serait une véritable catastrophe pour les populations les plus pauvres.

Plus largement, certains s’interrogent sur la légitimité de ces mesures : le gouvernement a-t-il le droit, pour des raisons de prévention et de santé, de s’immiscer dans la vie privée des adultes ?

Enfin, l'arrêt de la vente de tabac serait aussi lourd de conséquences pour les propriétaires des petites épiceries et les buralistes, qui comptent sur ces revenus.

Le gouvernement néo-zélandais ne minimise pas cette question, mais n’a pas encore chiffré les conséquences de son plan anti-tabac. Comme dans la lutte contre le Covid-19, entre la santé et l'économie, il va falloir choisir.

Plus d'information :

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