Eli Lotar : Un Photographe Singulier, Entre Surréalisme Et Photo Documentaire

Eli Lotar : un photographe singulier, entre surréalisme et photo documentaire

Photographe et cinéaste français d'origine roumaine, Eli Lotar a fait partie de l'avant-garde parisienne dans les années 1920 et 1930. Cet artiste au regard singulier a été l'assistant de Germaine Krull et a collaboré avec de nombreuses figures artistiques de son temps. Il a pourtant fallu attendre les années 1990 pour qu'il soit reconnu comme l'un des précurseurs de la modernité. Nous vous proposons de découvrir l'univers insolite et foisonnant de ce créateur d'avant-garde.

Un membre de l'avant-garde parisienne

Eli Lotar (1905-1969), de son vrai nom Eliazar Lotar Teodorescu, est le fils du poète roumain Tudor Arghezi. Il est né à Paris mais a grandi et fait ses études à Bucarest.

En 1924, il revient définitivement à Paris puis adopte la nationalité française en 1926. En 1927, il fait la connaissance de la photographe allemande Germaine Krull qui l'initie à la photographie et devient sa compagne.

Ensemble, ils adoptent des points de vue novateurs caractéristiques de ce qu'on appelle la "nouvelle vision" en photographie.

Ils collaborent aux revues Jazz, Variétés, Bifur, Documents, la revue de Georges Bataille et participent à de nombreuses expositions internationales, souvent avec le photographe André Kertész.

Si ce photographe a été reconnu pour la singularité de son œuvre dès la fin des années 1920, il a fallu attendre le début des années 1990 pour que son travail soit redécouvert grâce à une rétrospective au Centre Pompidou.

Un goût pour l'insolite

Proche des surréalistes, Eli Lotar se caractérise aussi par son goût pour l'insolite. Au cours de ses promenades parisiennes, il traque l'étrangeté du quotidien, les lignes et les perspectives inhabituelles.




Il réalise aussi des photomontages bizarres, comme cette photo baptisée "Punition" (1929), montrant deux fausses jambes d'enfant coupées au-dessous du genou et dressées dans des bottines.

Même ses portraits sont teintés d'étrangeté et de poésie, comme cette dormeuse qui nous fait face :



Des documentaires engagés

Attiré par l'univers du cinéma, Eli Lotar participe dès 1929 à la réalisation de films documentaires, en collaboration avec des cinéastes comme Jean Painlevé, Joris Ivens et Luis Buñuel.

Ainsi, son œuvre s'inscrit à la fois dans la tradition du reportage documentaire et dans la mouvance surréaliste, une dualité typique de la période de l'entre-deux-guerres.

Son reportage sur les abattoirs de La Villette, commandé par Georges Bataille en 1929 pour illustrer l'article "Abattoir" du dictionnaire proposé par la revue Documents, est sans doute la partie la plus connue de son œuvre.

Une image restée célèbre montre des pieds de veaux alignés contre un mur noir.




L'année suivante, il a documenté les travaux d'assèchement du Zuiderzee :

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La facette documentaire de son travail témoigne aussi de l'engagement social et politique d'Eli Lotar. Il a ainsi collaboré à "Terre sans pain" (1933), un film documentaire de Luis Buñuel sur la misère dans la région isolée et aride des Hurdes, en Espagne.

Il a également réalisé "Aubervilliers" (1945), un documentaire poétique sur les conditions de vie dans les taudis de cette ville.

Des collaborations artistiques

La carrière d'Eli Lotar a été marquée par de nombreuses collaborations avec l'avant-garde littéraire (Jacques Prévert, Georges Bataille, Antonin Artaud et Roger Vitrac) et avec des cinéastes comme Joris Ivens, Alberto Cavalcanti et Luis Buñuel.

Au milieu des années 1930, il commence à délaisser la photographie pour se consacrer au cinéma. Membre du Groupe Octobre de Jacques Prévert, il travaille avec les cinéastes Jacques Brunius, Joris Ivens, Jean Painlevé, Jean Renoir, comme photographe ou cameraman, et avec Marc Allégret, comme assistant réalisateur.

Au lendemain de la guerre, il réalise lui-même "Aubervilliers", écrit par Jacques Prévert sur une musique de Joseph Kosma.

Parmi les rencontres artistiques fructueuses qui ont jalonné son parcours, il faut aussi signaler ses photomontages pour le théâtre Alfred Jarry d'Antonin Artaud et sa collaboration amicale avec le sculpteur Alberto Giacometti dont Lotar a été le dernier modèle.

Jusqu'au 28 mai 2017, le Jeu de Paume consacre une exposition à ce photographe singulier et peu connu. L'exposition, aussi éclectique que son oeuvre, s'achève sur ce buste de Giacometti. 



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