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Retour Sur Le Tour De Corse Historique 2014 Vu Par Patrick Mannoury

Retour sur le Tour de Corse Historique 2014 vu par Patrick Mannoury

C'est lors du 14 ème Tour de Corse historique que j'ai vécu ma première expérience en tant que co-pilote. Moments d'émotions et de joies dans une voiture mythique : la Triumph TR7 – V8

Ma première expérience dans le baquet de droite

C’est François Lethier, propriétaire du L.A FUEL FYL Racing Team et Nicolas Klinger le team manager qui m’informent par téléphone le 25 septembre dernier que je serai dans le baquet de droite dans la Triumph TR7 – V8 comme copilote à l’occasion du 14ème accepté et raccroché le combiné, les questions se bousculent dans mon esprit et je me souviens :
le rallye aux « 10000 virages » comme était dénommé son aîné lorsqu’il était encore dans le Championnat du Monde des Rallyes. Les années 70 défilent sous mes yeux, lorsque j’allais le long des routes de Bavella ou bien encore Ghisoni pour voir passer les concurrents, mais également «chez Tiberti» à Solenzara où les pilotes faisaient halte pour le déjeuner ou le dîner. A cette époque ils étaient tous abordables et discutaient facilement avec n’importe quel quidam avant de reprendre les reconnaissances dans les spéciales environnantes. J’y ai rencontré Jean-Claude Andruet, Sandro Munari, Bernard Darniche, Jean-Pierre Nicolas et bien d’autres grands noms des rallyes d’antan.

Vendredi 3 octobre, je me rends à Gonfaron pour essayer ma combinaison. En arrivant, François est en tenue de pilote car il rejoint la base d’essais de Notre Dame des Anges pour déverminer la TR7 et ajuster quelques réglages avant le départ pour la Corse. Me voici parti. En arrivant sur la base, elle est là, face à moi dans sa robe aux couleurs de l'Union Jack, rouge avec ses bandes blanches et bleues. Elle semble attendre que l'on daigne s'occuper d'elle, je m’approche, la regarde sous toutes les coutures. Cette voiture je ne l'ai vu qu'une fois auparavant, quelques jours après son arrivée en France pour une séance d'essais avec Gilles Panizzi sur le circuit varois du Luc en Provence. J'avoue que je ne l'avais pas regardé de la même façon, même si elle me plaisait. J'ouvre la portière de droite pour regarder l’habitacle dans lequel je serai pendant cinq jours. Je m’installe dans le baquet afin de la découvrir. Le tableau de bord est recouvert de feutrine noire, le trip-master est face à moi, mais là surprise, il n'est pas moderne et semble sorti tout droit d’une époque révolue. Il est d’époque comme la voiture qui est dans son jus de 1978. Je le regarde attentivement puis touche les molettes et effectue facilement les différentes remises à zéro, mais il est inutile puisque calibré en miles. La voiture n'a pas roulé depuis 1997 mais aux dires de François, elle a un véritable potentiel. J’essaie le harnais, c’est difficile, je verrai cela lundi à Porto-Vecchio.

Arrivée à Porto-Vecchio, montage des tentes du team au parc d’assistance. Pendant ce temps, j’effectue les formalités administratives pour François et moi-même. L’après-midi, les mécaniciens me montrent comment changer une roue en cas de crevaison ainsi que le matériel mis à ma disposition : fusibles, pile pour la radio interne, bombe anti-crevaison, je demande également un triangle de signalisation. Puis un incident qui aurait pu avoir de graves conséquences s’il était arrivé sur la route vient perturber la quiétude des mécanos. Alors qu’ils font des essais de mise en route, il s’échappe une fumée noire et âcre de la tête de delco. Changement de celle-ci et de l’allumage et finalement la voiture est mise en parc fermé.

Mardi, je me réveille excité mais c'est nerveux. Je pars à pied repérer la liaison entre le parc fermé et le podium départ installé en centre-ville. A mon retour, François m’interpelle "As-tu les notes des épreuves, non" lui répondis-je. Je me tourne vers le copilote de la seconde voiture du team et lui demande ses notes pour les photocopier. En fin de matinée, briefing pour l'ensemble des équipages engagés dans cette 14ème rapide à l'hôtel pour revêtir la tenue de course. J'ai l'impression de perdre un temps précieux mais lorsque je me présente à la voiture qui doit nous ramener au parc fermé, je suis le premier. J'ai ma édition où le Directeur de course donne ses dernières consignes. Retour sacoche qui contient un poste radio, un road-book et les notes des deux épreuves de la journée.

Première étape – Porto-Vecchio – Porto-Vecchio – 113,51km et 2 E.S pour 34,52km

13h05, je me présente à la table des commissaires de parc, signe la feuille de départ, remise du carnet de route, je fais signe à François qui s'avance et direction Place de la Mairie, pour un passage par le podium où le speaker présente la voiture et l’équipage. Il y a beaucoup de spectateurs, c'est drôle comme d'un seul coup je suis calme. Est-ce le trac qui me tenaille et que j'essaie de dompter qui me permet d'évacuer tout le stress accumulé depuis ces derniers jours. Enfin nous nous élançons pour rejoindre le départ de la première E.S Bocca di Pelza – Gualdariccio. Je pointe à la table des
commissaires, sort rapidement de la voiture, enfile ma cagoule, place mon casque sur la tête, essaie de fermer la lanière, je n’y arrive pas. « Tu as le temps » me dit le commissaire assis derrière sa table. Je monte dans la voiture et nous nous dirigeons vers le C.H départ, je ne parviens pas à fermer mon harnais, c’est comme-ci j’avais pris 10 kilos d’un seul coup, François me montre comment donner du mou aux sangles pour ensuite les serrer et me fait signe de brancher mon casque sur la radio. Un commissaire s’approche de moi et m’aide à placer la prise jack et la radio fonctionne. 1 minute annonce le commissaire au chronométrage, il y a des spectateurs autour et face à nous, j’ai l’impression que l’on ne regarde que moi. J’ai les notes en mains, 5, 4,3,2,1, départ. Tout défile vite et je n’arrive pas à lire les notes tant je suis secoué, je suis perdu et François me dit « cherche un point de repère comme cela tu pourras reprendre la lecture». Je n’ai jamais trouvé de repère étant trop paniqué alors que le panneau d’arrivée lancée est déjà devant nous, je fais un signe à François pour l’informer que l’épreuve est terminée. Nous nous arrêtons après avoir donné notre carnet aux commissaires à l’arrivée, je retire mon casque, il fait tellement chaud que j’ai une soif terrible. Direction la seconde épreuve qui se déroule comme la première, sauf que pour François qui conduit à vue, ce n’est guère évident. Il fait toujours très chaud dans l’habitacle une chaleur impressionnante, la manette de chauffage est bloquée, je sens la sueur qui ruisselle sur mon corps.

J’ai l’impression d’avoir été totalement inutile à l’exception du routier où je ne me suis pas trompé. On rejoint le parc d’assistance, et François m’énumère la liste des réglages à faire pour la journée de mercredi. « Amortisseurs mous à l’avant et arrière, la voiture ne plonge pas au freinage et est molle en latérale, voir répartiteur de freins en en mettant plus sur l’avant, problème de chapeau de boîte de vitesse, odeur d’essence dans l’habitacle ». Arrivé à l’assistance j’informe Nicolas Klinger et les mécaniciens des réglages que souhaite François pour le lendemain.

Deuxième Etape – Porto-Vecchio – Porticcio – 254,65km et 4 E.S pour 96,62km

Mercredi nous prenons la route direction de Porticcio, longue liaison entrecoupée de quatre épreuves spéciales. Alors que la bagarre commence parmi les concurrents, je progresse tout doucement et lis l’intégralité des notes dans la seconde E.S de la journée. Dans la suivante, alors que je suis concentré dans ma lecture, un bruit de quincaillerie envahi l’habitacle et François m’annonce que nous venons de perdre la seconde. Je suis tellement déconcentré que je n’arrive plus à trouver un repère pour me caler. Après le parc de regroupement, il reste une épreuve à courir, j’essaie de me concentrer à nouveau. Peine perdue, quelques kilomètres plus loin, je n’y suis plus et François me dit qu’on termine l’épreuve comme cela. La chaleur dans l’habitacle est insupportable, je ne peux allonger mes jambes car lorsque je touche la séparation centrale, je me brûle. Derrière nous les concurrents se battent à coup de secondes pour la victoire finale alors que nous rejoignons le parc d’assistance de Porticcio. François m’énonce les réglages à effectuer : peindre en noir mât le dessus des phares, régler les amortisseurs qui sont trop mous à l’arrière, vidanger la boîte de vitesse pour
évacuer la limaille ou pièce métallique s’il y en a.
Je donne ces informations à Nicolas qui en informe les mécaniciens à leur arrivée.

Troisième Etape – Porticcio – Porto – 156,72km et 4 E.S pour 64,2km

Nous voici déjà jeudi à mi-parcours du rallye et la « mémère » comme l’appelle François nous étonne de jour en jour. « Elle a un potentiel énorme confie François, je ne me suis pas trompé, bien développée les gens en parleront, personne n’y a pensé, les voitures sont tombées dans l’oubli et je crois en elles ». Tout en me parlant, François actionne la manette pour la mise en route ou arrêter les deux ventilateurs qui assurent le refroidissement du moteur. Le manomètre de température ne monte pas, le ronflement du V8 est extraordinaire, qui est capable de dire qu’elle n’a pas roulé depuis 1997 ? Il y a toutefois cette odeur persistante d’essence et j’en parlerai de nouveau à Nicolas ce soir à notre arrivée. Concernant la lecture des notes, j’ai rempli mon contrat à 50%, deux bonnes, deux fausses, je progresse.

Quatrième Etape – Porto – Ile rousse – 303,7km et 4 E.S pour 85,52km

Vendredi, journée la plus usante par les longues liaisons routières. L’odeur d’essence est toujours persistante et François m’informe qu’il n’y a rien à faire, c’est le bouchon d’essence qui est poreux, et il faut terminer le rallye comme cela. Les trois premiers du classement général se tiennent dans un mouchoir de poche et la bataille est magnifique. Pas trop d’incidents émaillent la longue caravane de 250 concurrents, quelques sorties de route sans gravité, et des pannes mécaniques. Pendant que nous rejoignons le départ de la seconde E.S de la journée, nous passons devant le mémorial d’Henri Toivonen surnommé « le petit prince » et Sergio Cresto. Nous avons une pensée pour cet équipage exceptionnel disparu tragiquement lors du Tour de Corse 1986.

La voiture se comporte bien, c’est fou le couple du moteur V8 Rover. Nous avons changé les réglages des suspensions chaque jour et François semble aujourd’hui satisfait de ceux-ci.

Cinquième Etape – Ile Rousse – Porto-Vecchio

En arrivant au parc fermé, François constate que la roue avant droite de la TR7 est dégonflée. Les mécaniciens nous rejoignent très vite et nous réparons avec une bombe anti-crevaison. A la table des commissaires, on nous informe qu’il y a de nombreux contrôles radar sur le long routier qui précède la 1ère l’arrivée, c’est la 3ème quelques kilomètres plus tard dans cette même E.S, la 5ème de ne plus l’utiliser. En sortie d’E.S, il y a donc égalité, deux épreuves à ouvrir et plus que deux rapports, la 1ère initial, rejoindre l'arrivée. On ne prend pas le départ de l'E.S 3 Barchetta - La Porta d'une distance totale de 23,58km et informons la Direction Course que nous rejoignons directement le Parc de Regroupement de Solenzara. La dernière E.S Favonna - Conca se coure sur 8,68km et la "mémère" devrait faire l'épreuve sans trop de soucis uniquement avec ses deux rapports, 1ère ou 4ème un couple exceptionnel qui doit lui permettre de ne pas trop souffrir de la disparition de ces rapports.

Au C.H de départ de l’E.S on évoque des difficultés sur le tracé et de nombreuses épingles. Je prends immédiatement mes notes et rassure mon pilote, il n'y a que 4 épingles. « Okay, on y va » répond François et c'est parti, face à des spectateurs nombreux qui regardent la voiture s’élancer dans l’épreuve. Tout va très vite, je lis les notes au bon rythme, je ne regarde pas la route, le panneau d'arrivée lancée est déjà là, congratulations et direction Porto-Vecchio. Bien qu’ancienne et dans son E.S de la journée. Tandis que tout se déroule pour le mieux et que l’on se dirige vers jus avec uniquement des amortisseurs et radiateurs changés, une séance de roulage avant le départ, un équipage à l’écoute du moindre bruit suspect depuis l’habitacle, la TR 7 – V8 n’a finalement perdu que quelques pignons de boîte de vitesse, et rempli haut la main sa mission alors qu’elle n’a pas roulé depuis 17 ans.

Une épreuve du Tour de Corse Historique exceptionnelle

Le Tour de Corse est une épreuve exceptionnelle par ses épreuves spéciales qui toutes se réfèrent aux Tour de Corse d'antan, par la beauté des sites qu’il traverse et cette année avec son plateau de plus de 250 voitures. Pas moins de 7 Lancia Stratos, une 037, une Mazda RX 7, une AC Cobra avec coque en aluminium, des Fiat 131 Abarth, Alpine-Renault, Renault 5 Turbo 1 et 2, Porsche, Opel, Ford Escort etc... sont au départ et les gens qui déambulent dans les parcs ne peuvent qu'être admiratifs. Une organisation parfaite, des équipes de commissaire de route et de parcs à l'écoute des équipages, c'est l’image d'une belle et grande épreuve historique. Une bagarre pour la première place qui s’est jouée jusqu’à l’avant dernière épreuve du rallye où l’un des concurrents est parti à la faute. Quant à moi, j’ai rempli tout comme la TR7 mon contrat. Le routier à 99% à l’exception d’une petite erreur car un panneau de signalisation était tagué en noir et illisible et 30% dans la lecture des notes. Je ferai mieux la prochaine fois ce que m’a proposé François. Un grand merci à mon ami François Lethier qui m’a fait découvrir une nouvelle facette de la course automobile. Merci pour la confiance et la patience dont il a fait preuve à mon égard. Merci à toute l’équipe du L.A FUEL FYL Racing Team pour son aide et conseils précieux. J’espère pouvoir renouveler cette expérience dans le futur.

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Tag : Tour de corse historique 2014, patrick mannoury, L.A FUEL FYL Racing Team

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