Les Modifications Corporelles : Entre Tradition, Art Et Phénomène De Mode

Les modifications corporelles : Entre tradition, art et phénomène de mode

Bien qu'existante depuis fort longtemps, la tradition du piercing, du tatouage, des modifications corporelles en général est de plus en plus répandue. Certains vont même jusqu'à dire que ces pratiques sont un véritable phénomène de mode. Pourtant pendant longtemps les modifications corporelles étaient l'apanage des marginaux ou des castes dans les tribus.

Le piercing

Le body-piercing est littéralement le perçage de la peau avec une aiguille afin d'y mettre un « bijou ». Le piercing est très ancien, il est apparu un peu partout dans les tribus du monde entier.

La tribu des Mursi, en Éthiopie s'insérait des labrets (sorte de disque en matière variée) au niveau des lèvres supérieures et inférieures. En Inde le piercing du nez est considéré comme une coutume locale depuis le XVIème siècle même si au départ il était réservé aux castes supérieures. Il est apparu il y a 4000 ans au Moyen-Orient

On retrouve des références aux bijoux et piercings dans la Bible :



  • Dans la Genèse 24:22, le domestique d’Abraham a donné des boucles d'oreilles et des bracelets à Rebecca, épouse de son fils Isaac.

  • Dans Exode 21:6, le piercing est une marque d'esclavage librement consentie par l'interprétation du verset 5. 5 Mais si le serviteur déclare: «J'aime mon maître, ma femme et mes enfants, je renonce à partir libre», 6 alors le maître prendra Dieu à témoin et fera approcher l'homme du battant de la porte ou de son montant et lui percera l'oreille avec un poinçon et cet homme sera son esclave pour toujours.



Les origines du piercing dépendent également de son emplacement, la langue et le nombril semblent être les plus anciens : Les mayas et aztèques se perçaient la langue pour communiquer avec leurs dieux et la famille royale égyptienne pouvait se faire percer le nombril.

Dans les pays occidentaux le piercing est arrivé plutôt tardivement à la fin des années 80. Aux États-Unis dans la communauté gay puis en Europe avec le monde du spectacle.
En France le piercing a été popularisé très tard au début des années 1990. C'est lors d'un défilé « Piercings et tatouages » que Jean-Paul Gautier fait découvrir cette pratique considérée comme marginale et sado-masochiste, au grand public.

Le premier studio de piercing a ouvert à Paris en 1994 sous une franchise américaine et depuis plus rien n'arrête ce bijou qui envahit toutes les classes sociales. Les emplacements des piercings sont divers et variés et ce choix est souvent révélateur.

Le piercing a plusieurs significations :


  • Le piercing peut constituer une amélioration esthétique.

  • Le piercing peut-être rituel : un rituel d'initiation ou de pénitence. Au début du XXème un concept anthropologique fait apparaître que selon les époques et les régions du monde le piercing peut être un rituel de passage à l'âge adulte. (Fête de Taipoussan à Singapour)

  • Le piercing est un symbole d'appartenance à un groupe comme pour l'Égypte antique où il signifie l'appartenance à l'élite. A l'heure actuelle on identifie des « groupes » par rapport à l'utilisation qu'ils font du piercing (les punks, les gothiques, les metalleux, les teufeurs )

  • Le piercing est un moyen de différenciation. A l'inverse de l'appartenance il est utilisé par certains pour s'opposer à leurs parents ou à la société. C'est une façon de s'affirmer, de se construire et de s'exprimer.

  • Le piercing est aussi un moyen d'érotiser le corps. Il est parfois associé à des pratiques sexuelles ou lié au masochisme.

Le tatouage

Les origines du tatouage sont également très anciennes. Elles remontent probablement au néolithique puisque le célèbre «Ötzi», l'homme des glaces découvert gelé dans les Alpes porte des traces de tatouages thérapeutiques. Néanmoins on a découvert des traces du tatouage dans de nombreuses tribus et lors de nombreuses fouilles. En Égypte par exemple, des momies de l'an 2000 avant J-C ont été découvertes tatouées sur les bras, le torse, les jambes. On a également découvert des momies tatouées dans le bassin du Tarim en Chine.

En Europe les Bretons portaient de nombreuses marques corporelles décrites comme des tatouages dans les récits de conquêtes de Jules César
un historien romain du IIIe siècle, Hérodien écrit : « Les Bretons se tatouent le corps de peintures variées et de figures d'animaux de toutes sortes. Voilà pourquoi ils ne s'habillent pas, pour ne pas dissimuler leurs dessins corporels » 

Au VIIIème siècle le tatouage et les autres marques corporelles sont bannies par le pape Hadrien. Le tatouage était mal considéré par la religion judéo-chrétienne c'est probablement pour cette raison qu'il n'a pas toujours été bien considéré dans la culture occidentale.
(Deutéronome 14.1, Lévitique chap. 19 verset 28 « Vous ne ferez point d'incisions dans votre chair pour un mort, et vous n'imprimerez point de figures sur vous. Je suis l'Éternel. »)

Les origines sont très variées et vous découvrirez probablement des traces du tatouage là où vous ne vous doutiez même pas que l'encre puisse déjà exister.

Comme le piercing le tatouage est une marque d'appartenance à une tribu. Mais contrairement au piercing, le tatouage a une symbolique différente puisqu'il est normalement prévu pour durer dans le temps. Des nouvelles pratiques permettent aujourd'hui de réussir à transformer voir supprimer un tatouage mais au départ le choix d'un tatouage est un choix « à vie ». L'encre conventionnellement utilisée est indélébile.

Le tatouage, sa symbolique, les pratiques autour de lui ont beaucoup évolué. Le tatouage était au cœur de certains rituels et il revêt une dimension « magique » notamment en Asie du sud-est où certains moines pratiquent le Yantra. Ces tatouages magiques donnent à ceux qui les portent des pouvoirs de bénédiction ou de protection.

A travers son histoire et ses nombreuses pratiques on comprend pourquoi le tatouage intéresse autant la sociologie. Utilisé pour marquer les esclaves, puis pour marquer les déportés pendant la 2nd Guerre Mondiale, le tatouage contemporain a également été un repère d'identification pour les criminels. De nombreux gangs comme les Yakuzas au Japon ont affiché des tatouages soit comme identification soit comme punition pour ceux qui les avaient trahis.

Aujourd'hui le tatouage n'est plus qu'un symbole d'appartenance, il est aussi une façon de revendiquer son originalité, de séduire ou de s'opposer. Il n'est plus réservé aux marginaux mais attire de plus en plus de personnes. La dimension artistique est toujours présente mais elle est rattrapée par la dimension consumériste. De plus en plus le tatouage devient un phénomène de mode. On peut le voir par exemple avec le lapin de la marque Playboy qui a été un logo maintes fois demandé aux tatoueurs alors qu'il n'est pourtant que l'effigie d'une marque.

Le tatouage est au centre de plusieurs phénomènes, partagé entre tradition, art et phénomène de mode. Comme le piercing il s'est démocratisé et touche un nouveau public. Pensons au maquillage permanent régulièrement utilisé par des femmes, qui n'est rien d'autre qu'un tatouage.

La scarification, le branding, les implants

Certains considèrent que le piercing et le tatouage sont des pratiques extrêmes. Pourtant il semble que l'homme soit toujours enclin à aller plus loin et certaines personnes ont ainsi fait évoluer les pratiques de la modification corporelle.

La scarification est une pratique ancienne qui remonte à l'antiquité. Elle avait bien souvent un but médical, notamment lorsque l'on pratiquait les saignées pour soigner les maladies de peau. Les tribus mayas et certaines tribus africaines considéraient que la scarification était très esthétique et artistique.

Avec l’avènement du tatouage et du piercing de nouvelles pratiques de modifications corporelles, parfois très anciennes ont refait apparition.


  • La scarification est la plus répandue et elle consiste à ne pas utiliser d'encre mais à graver le dessin à même la peau. Cette pratique est parfois associée à l'auto-mutilation car elle procure généralement un sentiment de bien-être, ou mieux-être à la personne qui la pratique.


  • Le Branding est une pratique moderne qui s'est greffée à la scarification. Le branding consiste à utiliser des plaques de métal brûlantes pour marquer sa peau et former des dessins.


  • Les implants corporels sont également une autre de ces modifications qui s'est répandue depuis une dizaine d'années. Il s'agit de se faire implanter sous la peau des billes ou tiges d'acier inoxydable qui donneront un relief à la peau. Les implants peuvent être placés partout sous la peau et on voit régulièrement des implants au niveau des bras, jambes et du crâne


Types d'implants :


  • 3D body art : un objet dont la forme apparaitra en relief sous la peau

  • Transdermal Implant et Dermal anchoring : insérer un implant sous la peau (une petite ancre ou une plaque à vis) destiné à recevoir un bijou qui dépasse de la peau.

  • Implants technologique : implantation d'objet dont le but n'est pas (ou pas uniquement) de modifier l'apparence. Le but est ici d'améliorer le corps au niveau technique, d'atteindre une fusion homme-machine, de tendre vers le Cyborg.

(source wikipédia)

Les modifications corporelles ci-dessus ne sont pas les seules mais ce sont les plus répandues aujourd'hui. On peut penser que ce sont ces pratiques plus extrêmes que le tatouage et le piercing qui ont finalement permis la démocratisation de ceux-ci. Le tatouage et le piercing ne sont pas sans danger et doivent être réalisés dans de bonnes conditions d'hygiène mais pour les modifications corporelles c'est d'autant plus vrai qu'il s'agit quasiment d'opérations de chirurgie qui doivent être minutieusement préparées

Plus d'information :

Visitez le site : http://www.kustomtattoo.com/tatouage-piercing-paris-tatoo/piercing-body-art-origine.htm

Tag : Modifications corporelles, piercing, tatouage, scarification, tatouage artistique

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