Tendance : Le Roman-photo Fait Son Come-back

Tendance : le roman-photo fait son come-back

On le croyait tombé aux oubliettes, et pourtant... Le roman-photo revient sur le devant de l'actualité culturelle par le biais d'une exposition que lui consacre le Mucem à Marseille. A cette occasion, nous vous proposons de revenir sur l'origine, l'histoire et l'évolution de ce genre populaire.

Un genre venu d'Italie

C'est en Italie que que le roman-photo est né en 1947. La première histoire de ce type, intitulée "Nel fondo del cuore" a été publiée dans le magazine Il Mio Sogno.

Ce genre hybride a été inventé par les frères Del Duca, éditeurs spécialisés dans les romans roses et les "fumetti", sortes de bandes dessinées d'action ou d'amour.

Dans un contexte social et économique au plus bas, ces histoires à l'eau de rose séduisent principalement les femmes.

Le "fotoromanzo" offre une vision des rapports de couple à la fois stéréotypée, ultraconservatrice et quelquefois émancipatrice, mais l'amour y triomphe toujours à la fin.

Dans ces romances sur papier glacé, ce sont les rêves des femmes de l'après-guerre qui s'expriment.  

Ce genre arrive deux ans plus tard en France avec la création du magazine Nous Deux qui a bâti son succès sur ces histoires sentimentales. 

Un immense succès populaire

Dans son pays d'origine, ce genre est rapidement décrié de toutes parts : par les catholiques, les communistes et bien sûr les intellectuels...

Tandis que le parti communiste le qualifie "de nouvel opium du peuple", les intellectuels méprisent ce produit de la sous-culture populaire de masse.

Pourtant, dans les années 1950 et 1960, les amateurs du genre se comptent par millions !

A ce titre, le roman-photo est l'un des plus grands succès populaires éditoriaux du 20e siècle.

Ce qui n'était au départ qu'un artisanat devient une industrie culturelle de masse et, dans les années 1950, l'hebdomadaire féminin Nous Deux s'écoule à plus d'un million et demi d'exemplaires chaque semaine.

Un langage accessible à tous

Ce succès phénoménal s'explique en partie par la facilité d'accès de ce "cinéma du pauvre".

Dans le roman-photo, les images n'ont pas vocation à être belles, elles servent avant tout le récit, dont la lecture se voulait rapide et simple.

Les joies et les peines des personnages y sont tout autant simplifiées et faciles à comprendre. Les thèmes sont toujours les mêmes (l'amour, la jalousie, la trahison, la vengeance et la mort) et les titres sont tout aussi stéréotypés.

Les actrices qui y apparaissent deviennent rapidement des objets de dévotion. Ainsi Sofia Loren, Gina Lolobrigida et Ornella Mutti ont-elles été les stars des magazines Bolero Film ou Grand-Hotel avant de faire du cinéma. 

En France, ce sont des stars des yé-yé comme Johnny Hallyday et Sylvie Vartan, mais aussi Frank Alamo, Rika Zaraï, Joe Dassin, Dalida et Mireille Mathieu qui participent à ces histoires à l'eau de rose pour doper les ventes.

Des évolutions et des détournements

Dans les années 1960 et 1970, les romans-photos évoluent vers des thèmes moins roses, plus sombres ou plus érotiques.

Parallèlement, la presse satirique comme Hara-Kiri et Charlie Hebdo s'empare de ce genre et se livre aux détournements les plus jubilatoires.

La vidéo hilarante des Nuls, "Nous Quatre" avec Chantal Lauby et Gérard Darmon dans les rôles principaux s'inscrit dans la même veine parodique. 

La première exposition consacrée au roman-photo, qui se tient au Mucem à Marseille jusqu'au 23 avril 2018, consacre toute sa deuxième partie aux détournements du genre.

Elle se clôt par un mur immense où sont réunies cent "images de fin", baisers langoureux collectés par l'artiste contemporaine Eugènia Balcells.

En plus de faire l'objet d'une exposition, notez que ce genre se renouvelle aujourd'hui sous des formes décalées que l'on peut dénicher sur le web ou en librairie.

On peut par exemple citer la BD Pauline à Paris de Benoît Vidal ou le roman graphique La Fissure de Carlos Spottorno et Guillermo Abril qui mêle bande dessinée et photos pour livrer un vibrant témoignage sur les migrants africains (aux éditions Gallimard).

Alors que le magazine Nous Deux se vend encore à 250.000 exemplaires chaque semaine, il n'est plus nécessaire de se cacher ou de se justifier pour lire des romans-photos. Le genre est reconnu et a fait son entrée au musée par la grande porte...

Plus d'information :

Visitez le site : http://www.mucem.org/programme/exposition-et-temps-forts/roman-photo

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