Snapchat, Facetune Ou Instagram : Les Dangers Des Applis De Retouche Photo

Snapchat, Facetune ou Instagram : les dangers des applis de retouche photo

Sur Snapchat, Facetune ou Meitu, les adolescents adorent prendre et partager des selfies, après les avoir soigneusement embellis à l'aide de filtres ou d'applications "beauté". Mais ces portraits flatteurs ont des effets pervers sur la perception que l'on peut avoir de soi-même. C'est pourquoi des médecins ont décidé d'alerter les parents sur les dangers des applis de retouche photo. Explications.

C'est quoi, ces applis ?

Vous l'ignoriez peut-être, mais il existe désormais une foule d'applications destinées à embellir les selfies que l'on prend avec son téléphone.

Toutes les applications à selfie comme Snapchat, Facetune ou Meitu disposent de filtres beauté, c'est-à-dire d'algorithmes qui gomment les "imperfections" de vos autoportraits.

Que vous optiez pour Facetune, Selfie editor, Visage lab ou BeautyPlus, toutes ces applis permettent en seulement quelques clics de lisser la peau, de blanchir les dents ou de repulper les lèvres... En bref : d'optimiser votre portrait comme par magie.

L'une des plus connues, l'application payante Facetune créée il y a seulement cinq ans, figure régulièrement parmi les meilleures ventes de Google Play et de l'iTunes Store.

Ces effets, autrefois réservés aux professionnels utilisant des logiciels de retouche photo comme Photoshop, sont devenus depuis peu accessibles au plus grand nombre, y compris aux adolescents.

Ces filtres sont même parfois intégrés par défaut aux appareils photo des téléphones et s'activent spontanément quand on bascule en mode selfie.

Quels sont leurs effets pervers ?

Depuis qu'ils se sont démocratisés et généralisés, ces filtres beauté ont fait l'objet de plusieurs critiques.

On leur reproche notamment de promouvoir un standard unique de beauté et de faire converger leurs utilisateurs vers un même "visage idéal", un problème déjà soulevé par la chirurgie esthétique !

Ces applis de retouche photo soulèvent aussi des questions raciales. Ainsi, les filtres de Meitu ont été accusés de véhiculer un canon "occidentalisant" de la beauté, avec de grands yeux aux paupières non bridées, un nez fin et une peau blanche.

L'application de selfie FaceApp avait même dû s'excuser après qu'un de ses filtres s'est avéré... blanchir la peau d'utilisateurs noirs !

Quels sont les risques pour les utilisateurs ?

Dans un article paru début août 2018 dans la revue spécialisée JAMA Facial Plastic Surgery, des chirurgiens esthétiques alertent l'opinion sur les effets de ces filtres beauté pour la santé mentale.

Ils expliquent que "ces retouches et ces filtres sont devenus la norme, altérant la perception de la beauté par le public".

"L'omniprésence de ces images retouchées peut avoir un effet sur l'estime de soi, notent les auteurs de l'étude.

Elle a même parfois des conséquences psychologiques graves et pousse certaines personnes à des comportements extrêmes pour cacher de prétendues "imperfections".

Cette maladie mentale, déjà connue sous le nom de dysmorphophobie ou "body dysphoria disorder" en anglais, s'aggraverait à cause de ces nouvelles technologies, notamment chez les adolescents et les jeunes.

Elle fait partie des troubles obsessionnels compulsifs et elle est très courante : une personne sur 50 serait affectée, et ce chiffre est en constante augmentation, en partie à cause des réseaux sociaux.

Ainsi, de plus en plus de jeunes n'hésiteraient pas à recourir à la chirurugie esthétique pour ressembler à leurs photos retouchées.

Les auteurs de l'étude s'inquiètent : "C'est une tendance alarmante parce que ces selfies filtrés présentent souvent une apparence inatteignable et brouillent pour ces patients la distinction entre la réalité et le fantasme."

De plus, habitués aux améliorations instantanées que leur fournissent les filtres, les patients ont des attentes de plus en plus fortes vis-à-vis de la chirurgie.

En 2017, l'Académie américaine de chirurgie plastique relevait déjà que 55% des chirurgiens recevaient des patients dont la motivation était de prendre de plus beaux selfies, contre 42% en 2015 et 13% en 2013.

Qui est concerné ?

Les auteurs de cette étude veulent principalement alerter les parents d'adolescents et les médecins

Ces chirurgiens esthétiques ont en effet constaté des cas extrêmes de ce qu'ils appellent la "dysmorphie Snapchat", une pathologie qui pousse les patients à vouloir ressembler aux filtres exagérés de cette application, avec de grosses lèvres, des yeux ou un nez de biche !

Ils tirent la sonnette d'alarme : "Les selfies retouchés peuvent en particulier avoir des effets dévastateurs sur les adolescents ou les patients souffrant de dysmorphophobie, qui risquent d'internaliser plus gravement ces standards inatteignables de beauté."

Le traitement de la dysmorphophobie passe par de la psychothérapie et des antidépresseurs. Le recours à la chirurgie esthétique est inefficace, voire contre-productif pour soulager le mal-être des patients.

Une étude parue en 2007 a révélé que 80% des personnes souffrant de dysmorphophobie ont des idées suicidaires toute leur vie, et 24% à 28% d'entre elles ont déjà fait une tentative de suicide. La recherche de la beauté parfaite est plus dangereuse que vous ne le pensiez...

Plus d'information :

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