Dans Le Ventre D'hercule

Dans le ventre d'Hercule

Assis à l’avant d’un taxi conduit par un marocain au regard de vieux sage, laissant derrière moi quelques thés à la menthe et chichas enivrantes au café Hafa, je quittais Tanger pour rejoindre le Cap Spartel, avec, tout au fond de moi, ce fort désir d’aller me perdre au coeur des mythiques grottes d’Hercule …

LES BLEUS DU CIEL

Une légère brise salée s’infiltra dans mes narines et me fit me réveiller. J’ouvris un œil sur la moitié de l’océan. Puis le second, sur l’autre moitié, celle située au-dessus de la ligne d’horizon. Le paysage qui s’offrait à moi mêlait quatre ou cinq bleus différents, du plus sombre au plus clair. Après un arrêt sur la quiétude du monde, je constatais que j’étais allongé sur un sol de roche, complètement nu, au cœur d’une grotte mystérieuse. Je me redressais, me levais et tentais de décrypter quelque signe autour de moi. En vain. J’étais seul, complément seul avec moi-même.

Je m’avançais jusqu’à l’entrée de cette grotte dans laquelle je venais de passer la nuit, peut-être même plusieurs nuits. Le temps m’échappait. Depuis combien de jours et de nuits étais-je là, en ces lieux d’ombre et de lumière. Un terrible mal au crâne m’assommait. J’avais beaucoup de difficulté à réajuster les strates de ma mémoire et à combler le vide qui m’envahissait.

Le corps amaigri, l’esprit brouillé, la faim et la soif au ventre, je me retrouvais sur le seuil de cette grotte, les pieds baignés par un océan de plus en plus pénétrant. Durant de longues minutes, sans doute même de longues heures, je restais immobile, face à l’Atlantique et la Méditerranée entremêlés, jouissant durablement de cette contemplation qui me transportait sur les rivages apaisés de la méditation.

A quelques mètres à peine, face à moi – tels les gardiens du temple – le taureau de Crète, le lion de Némée, le sanglier d’Erymanthe et la biche de Cérynie, debout l’un à côté de l’autre sur l’océan, me fixaient d’un regard énigmatique.

FOR INTERIEUR

Lorsque je sentis le niveau de l’eau caresser mon sexe, je revins dans le ventre de la grotte. Malgré la fatigue qui atrophiait mes muscles, malgré le fait que je n’avais rien à boire ou à manger, j’étais vivant. Je m’allongeais, pour attendre et espérer. Que le temps veuille bien me retrouver afin que je puisse à nouveau remonter dans son train, en marche pour l’éternité. Les juments de Diomède, près de moi, dormaient paisiblement.

Je découvrais plus tard que l’ouverture de cette grotte dans laquelle je m’étais réfugié, représentait la forme du continent africain, mais une forme inversée. Cette vision, en même temps réelle et irréelle, provoqua en moi un frisson magnifique qui me fit peu à peu décoller du sol, jusqu’à m’envoler par-dessus l’océan. Le troupeau de Géryon vint me rejoindre pour une folle virée sous des cieux de Crystal.

Lorsqu’un son profond retentit dans l’espace intersidéral et me fit me retourner. J’aperçus Hercule, à l’extérieur de la grotte. Revenu du jardin des Hespérides, il levait un bras vers le ciel et clamait, haut et fort, la puissance et la gloire.

Un vent violent se leva, me bouscula et me fis rapidement chuter dans l’océan. Durant la descente tout en vertige et en abandon, je sentis mon corps se disloquer, mes pores s’enflammer, mes cinq sens s’entrechoquer. Le Big bang de mon âme venait de commencer.

Une fois au fond, tout au fond de l’océan de mes incertitudes, le corps défait, l’esprit anéanti, je fus accueilli par les oiseaux du lac Stymphale, pour un long voyage vers mon for intérieur …

photo 1 : La grotte d’Hercule - Cap Spartel – Maroc
photo 2 : Le bûcher d’Hercule - huile sur toile, Guido Reni (1617)

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Tag : grotte, hercule, maroc, pensées, spartel, mythe, grece



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